Le carnaval du laetare de Sart et de Tiège est une institution folklorique incontestable. Avant la dernière guerre, quand il y avait moins de concurrence festive et des moyens de transports plus réduits, les deux hameaux composant l'entité de Sart-lez-Spa osaient sortir chars, fanfares et majorettes pile à la mi-Carême comme Stavelot, la voisine, et ses célèbres Blancs Moussis.

Depuis, en jouant l'opportunisme de bon aloi (tout comme Jalhay et Herbiester sortent une semaine après les rhénans et après Malmedy et Dolhain), les deux comités organisateurs et néanmoins ennemis négocient intelligemment un défilé commun programmé sept jours avant les longs nez de la cité de Saint-Remacle.

Cette année, ce dimanche 7 mars s'annonce pareil aux autres, c'est-à-dire riche en chars variés entrecoupés de groupes costumés et fanfares déchaînées. L'originalité des deux défilés réside dans la finesse de la fabrication des éléments composant les chars (dont le montage est tenu secret). Ils sont faits main, roses pour certains et oeillets pour d'autres mais, toujours, fleurs en papier de soie (après le crêpe des touts débuts) usinés une à une dans les chaumières tiégeoises et sartoises. C'est l'occupation des longues soirées d'hiver, une oeuvre collective et familiale qui met la jeune génération dans le bain pour un bricolage créatif qui transforme une bête rondelle de papier en objet d'art, avec pétales et tige, destiné à couvrir une cinquantaine de chars (pour les deux comités) illustrant des bandes joyeuses fortes, au total, d'un petit millier de participants.

Seule inconnue : le temps ! Généralement, le soleil est de la partie. Mais il est évident que le laetare 2010 sera pareil aux autres. Avec ses Courriers et Bergères, avec des chars qui vont se croiser et se toiser en passant devant le cimetière pour une confrontation alimentée en confettis multicolores.

À Sart comme à Tiège, les hostilités démarrent à 11 heures du matin avec un départ officiel sur le coup de 14 heures. Faut-il ajouter que la soirée du dimanche ne se termine pas à l'heure des vêpres. On s'en donne à coeur joie dans les salles respectives, aux Tilleuls de Tiège (où l'on peut déguster le fameux Tîdj'lou, un alcool local composé de pékèt et de miellat de fleur de sureau) comme à la Grange de la place du Marché, à Sart.

Ajoutons un règlement de police qui épingle des règles strictes d'un savoir rire librement accepté : l'interdiction des baignoires à confetti, les sticks de grimage qui tachent, les bombes de mousse à raser qui peuvent exploser. On freine aussi la consommation d'alcools forts en n'autorisant, dans les salles, qu'une bière titrant moins de 3,5 en volume d'alcool.

Parce que, à Sart comme à Tiège, le laetare est d'abord une fête familiale.

Et doit le rester !